Justice pour Jean Dominique : 2000-2015

"Yo Touye Jando" by Maxan Jean Louis

“Yo Touye Jando”, Maxan Jean Louis

Le 3 avril 2000 à 6h05 du matin, quelques minutes avant le premier bulletin d’actualités du jour, Jean Léopold Dominique, directeur général de Radio Haïti-Inter, et Jean Claude Louissaint, employé de la station radio, furent abattus dans la cour de la radio. Depuis ce jour, et pendant de nombreuses années après leur assassinat, des membres de tous les secteurs de la société haïtienne, qu’ils soient agriculteurs, militants des droits de l’homme ou haïtiens vivant à l’étranger, ainsi que plusieurs organisations internationales, exigent que justice soit rendue pour le journaliste.

L’enquête menée par la justice fut une farce mêlant magouilles, mensonges et pratiques douteuses. Plusieurs témoins furent assassinés, moururent subitement et dans des circonstances mystérieuses, ou tout simplement disparurent. Des juges furent menacés, 75% des éléments de preuve figurant au dossier disparurent de la cour de cassation et de nombreux suspects, dont le sénateur Dany Toussaint, refusèrent de coopérer à l’enquête en se retranchant derrière leur immunité ou en faisant appel à diverses techniques pour ne pas paraître devant la Cour de cassation.

Le 21 mars 2003, les résultats officiels de l’enquête furent divulgués et conclurent qu’un groupe de petits criminels étaient responsables ou complices du meurtre de Jean Dominique et Jean Claude Louissaint. L’enquête n’a jamais révélé le nom des personnes qui payèrent les assassins ou commanditèrent le meurtre de Dominique et Louissaint. La veuve de Jean Dominique, Michèle Montas, qui échappa à une tentative d’assassinat le 25 décembre 2002 lors de laquelle son garde du corps, Maxime Seide, fut tué par balles, rejeta ces résultats et porta l’affaire devant la Cour d’appel.

Le 17 janvier 2014, les résultats de la deuxième enquête furent rendus publics, inculpant neuf personnes, dont Mirlande Libérus, une ancienne sénatrice du parti Fanmi Lavalas, comme organisatrice du double meurtre, ainsi que l’ancien premier adjoint au maire de Port-au-Prince, Harold Sévère, et deux membres haut placés du parti, Annette Auguste et Franco Camille. Plusieurs d’entre eux, dont Sévère, avaient déjà été arrêtés auparavant, mais avaient été relâchés ou bien s’étaient échappés de prison. Avant que l’affaire ne soit portée en justice, le témoin principal, l’ancien chef de la sécurité du Palais National, Oriel Jean, fut abattu dans la rue le 3 mars 2015.

Le meurtre de Jean Dominique pendant la période soi-disant démocratique est l’un des trop nombreux assassinats politiques qui sont restés impunis. En avril 2015, quinze ans après le meurtre de Jean Dominique et Jean Claude Louissaint, justice n’a toujours pas été rendue.

 

Enregistrements

Hommage à un homme libre, 31 juillet 2000

Editorial : On m’avait appelé Cassandre, 6 Novembre 2001

Editorial : Pourquoi Jean Dominique ? 9 avril 2002

 

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