Le Massacre de Jean Rabel : 1987

Le 23 juillet 1987 marque le début du plus grand massacre de paysans de l’histoire d’Haïti qui eut lieu dans la région de Jean Rabel, dans le nord-est du pays. Environ 139 paysans perdirent la vie et un nombre inconnu furent blessés lors d’attaques de brigades paramilitaires et de macoutes commanditées par l’oligarque Rémy Lucas et d’autres grands propriétaires locaux comme Jean Michel Richardson et Nicol Poitevien.

Pendant les mois qui précédèrent le massacre, Père Jean-Marie Vincent, le prêtre d’une petite église qui pratiquait et prêchait la théologie de la libération, travaillait avec des paysans locaux dans l’association « Tèt Ansanm ». Père Jean-Marie Vincent aidait les paysans de la région à s’organiser pour défendre leurs droits face aux propriétaires terriens qui les exploitaient. Des représailles en guise de réponses à ces efforts suivirent ; le 17 février 1987, les macoutes mirent le feu aux maisons de paysans de la communauté de Gros Sable. En juillet 1987, les membres de Tèt Ansanm avaient cherché à diffuser leur message et à intégrer d’autres paysans à leur organisation dans le but de faire valoir leurs droits.

Political cartoon from Tèt Kole's 1989 commemoration of the Jean Rabel massacre. Peasant farmers and laborers are powerless against the might of landowners, the Church, political leaders, and the United States, among others. (Source: Radio Haiti Inter paper archive)

Caricature venant du livre “Tèt Kole” réalisée en 1969 pour commémorer le massacre de Jean Rabel.
(source : Archive papier Radio Haiti Inter)

Les violences commencèrent le 23 juillet et durèrent plusieurs jours durant lesquels des membres de Tèt Ansanm et leurs proches furent menacés et assassinés dans la rue, en prison, à l’hôpital, voire même dans les broussailles pour ceux qui s’y cachaient. Les survivants demandèrent en vain aux autorités religieuses de Port-au-Prince de venir à leur aide. Pendant ce temps, les oligarques Lucas, Richardson et Poitevien se posèrent en victimes et soutinrent que les vrais responsables des violences et de la division étaient les membres de Tèt Ansanm et en particulier le Père Vincent et ses collaborateurs en tant que « communistes ».

Karikati ki soti nan ti liv Tèt Kole te fè pou komemore masak Jean Rabel nan 1989. (Ti liv la nan achiv Radio Haïti Inter)

Caricature venant du livre “Tèt Kole” réalisée en 1989 pour commémorer le massacre de Jean Rabel.  (source : archive papier Radio Haïti Inter)

Ces événements ne représentèrent pas seulement un conflit local entre grands propriétaires et paysans sans terres, mais illustrèrent le problème général de la propriété foncière en Haïti. Le conflit sanglant montre également une profonde division au sein de l’église catholique entre la hiérarchie conservatrice et « l’église des pauvres », les « ti legliz » (« petites églises »). Le mouvement de théologie de la libération eut un gros impact sur la politique haïtienne dans les années 1980. En 1990, Jean-Bertrand Aristide, un ancien prêtre catholique venant des bidonvilles de Port-au-Prince, accéda au pouvoir en tant que président. Les manifestations de Jean Rabel et le massacre qui suivit, illustrent la nouvelle conscience du monde paysan et la détermination à défendre des droits qui avaient été bafoués sans relâche pendant plus de deux siècles.

Les massacres de Jean Rabel et de Gros Sables restèrent impunis. Rémy Lucas et Nicol Poitevien, qui se vantaient à l’époque d’avoir tué « 1042 communistes » furent arrêtés en 1998 lors de la présidence de René Préval, mais furent relâchés peu de temps après sans être jugés.

Après le massacre de Jean Rabel et malgré les menaces permanentes et la violence à son encontre, Père Jean-Marie Vincent continua de travailler pour défendre les intérêts des paysans privés de leurs droits jusqu’à son assassinat le 28 août 1994.

Enregistrements :

Témoignage de membres de Tèt Ansanm, 3 juillet 1987

Jeunes Etudiants Chrétiens (JEC) de Port-de-Paix, 6 juillet 1987

Massacre de Jean Rabel – appel à l’action des membres de Tèt Ansanm, 21 juillet 1987

Jean Rabel : intensification de la violence à l’encontre des protestants, oppression des journalistes, 23 juillet 1987

Interview avec les membres de Tèt Ansanm et les témoins, 28 juillet 1987

Père Jean-Marie Vincent sur le massacre de Jean Rabel, 28 juillet 1987

Massacre de Jean Rabel, Radio Soleil, 28 juillet 1987

Massacre de Jean Rabel, Père Jean Rénald Clérismé, Nicol Poitevien et Jean-Michel Richardson, 30 juillet 1987

Massacre de Jean Rabel : Rémy Lucas et Jean-Michel Richardson, date inconnue, 1987

Magazine Inter-Actualités, Reportage spécial sur le massacre de Jean Rabel, fin juillet 1987

Magazine Inter-Actualités, Reportage spécial sur le massacre de Jean Rabel : les propriétaires terriens, l’anticommunisme, l’église catholique et les rumeurs, 16 août 1987

Face à l’Opinion : Père Rénald Clérismé au sujet du premier anniversaire de l’assassinat de Jean-Marie Vincent, 24 août 1995

 

JMV: 1980, Rivière Côte de Fer, J-R

Père Jean-Marie Vincent, 1980, Kèt Defè, Ayiti. (avec l’aimable autorisation de la Fondation Jean-Marie Vincent)

Pous plus d’informations sur le Père Jean-Marie, visitez cette page : Fondation Jean-Marie Vincent.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *